Récit sur la Véloccitanie

 du mardi 16 septembre au dimanche 21 septembre 2025

1ère étape entre Bédarieux et Capestang

Impossible de stationner à la gare, comme me l’a suggéré la police municipale appelée avant-hier. Le parking est archi-plein et je dois me résoudre à laisser l’Espace le long des voies ferrées contre le grillage. Ça ne me plaît guère, c’est pas top mais que faire ? Débarquement du vélo et de la remorque et me voilà partie à 10h15 pour six journées de voyage sur la Véloccitanie.

Il faut sortir du trou de Bédarieux avec ses paysages montagneux. D’entrée, je grimpe une côte à 9 % dans les avant-monts, pour atteindre un petit col sur la route de Pézènes-les-Mines. Là, échange, de quelques mots avec un cycliste étonné. Le paysage se transforme d’un coup, je rentre dans le territoire des vignobles de renom avec le Faugère, le Magalas, et en point de mire : la mer Méditerranée.

La suite se déroule au milieu des murets de pierres sèches sur des petites routes d’exploitations agricoles. Entre descentes et montées, je traverse quelques belles propriétés. La vendange bat son plein et, ici et là, j’aperçois -et surtout j’entends- les batteurs des machines à vendanger en pleine action. Le jus de raisin échappé des tombereaux encolle le bitume. Cette période me rappelle de beaux souvenirs d’enfance !

Finie la rêverie, quelques « raidars » à 10 % me mènent aux villages perchés du Languedoc, nommés Caussiniojouls, Autignac, Puimisson. Buttes après buttes, je traverse Murviel-lès-Béziers. 13H15, un arrêt est nécessaire dans une aire de camping-car où j’espère trouver de l’eau potable pour refaire le plein des bidons vides depuis un moment. Quelques barres et hop me voilà repartie sur un axe très désagréable car très roulant sur 3 km (en cours d’aménagement) jusqu’au pont de Réals sur l’Orb. La récupération d’une jolie voie verte anciennement voie ferrée me met du baume au cœur.

Rencontre d’une cyclotouriste solitaire en autonomie complète, partie de Toulouse pour 15 jours, qui fait la Véloccitanie en sens inverse de moi. Elle me parle de son projet de finir par la Vagabonde. Son vélo est équipé d’une curieuse selle sans bec et articulée. Elle espère dormir à Mons ce soir ! Un peu audacieuse, je lui annonce les dénivelés qui l’attendent. Peut-être nous reverrons-nous avant la fin de la semaine ?

Cette voie verte me conduit au milieu des pinèdes jusqu’à Cazouls-lès-Béziers, puis je la quitte pour rouler à présent sur d’autres chemins d’exploitation forts sympathiques jouxtant les grands domaines viticoles du Biterrois.

Le canal du Midi approche après les villages de Maureilhan et Montady. Il fait tellement chaud ! 35°, je languis de trouver quelque peu la fraîcheur de l’eau. A l’approche du tunnel du Malpas, une forte rampe à 12 % m’oblige à mettre pied à terre et à pousser mon attelage sur 300 m pour passer au-dessus du tunnel. Je découvre alors le génie de Pierre-Paul Riquet avec cet ouvrage d’art creusé sous une colline crayeuse pour faire passer le canal. Côté aval on ne l’aperçoit guère au milieu de la végétation, mais côté amont, il m’éclate aux yeux et je reste un moment à admirer l’ouvrage. J’éviterai les neufs écluses de Fonséranes qui sont plus proches de Béziers. A cet endroit, cap plein ouest pour deux journées complètes sur les rives du canal.

J’y suis enfin ! L’eau n’a pas une belle couleur, marron sale, par contre sa largeur est impressionnante permettant aux bateaux de se croiser sans crainte.

Ce sont globalement de gros bateaux de croisières fluviales. Des péniches très décorées sont amarrées.

Depuis le Malpas, le bord du canal est en piste gravillonnée à double sens jusqu’à Poilhes, port fluvial. Elle laisse place à un petit sentier étroit à voie unique. J’espère ne pas y croiser piétons et vélos en contre sens car sortir de la sente reste délicat pour mon vélo-remorque. Le bord de l’eau est très proche et un écart serait risqué. Mais ouf, peu de passage dans l’autre sens. Cette sente de plus, est cahotante, trous, bosses, grosses pierres. Je languis de joindre mon étape du soir : Capestang.

N’oublions pas que le canal du Midi est aussi utilisé par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle partis d’Arles.

Enfin, voici Capestang, orné du clocher de sa belle collégiale. Au pont de pierre, j’appelle Marie, ma logeuse du soir, qui m’attend devant le restaurant « La Batelière » du nom aussi de sa copropriété juste derrière. J’y souperai un peu plus tard. Le vélo est logé dans un local commun fermé et avec l’aide de Marie, la remorque monte à l’étage dans son appartement. Le lieu de stockage initialement prévu dans un garage non sécurisé ne me plaisait pas du tout. Marie est conciliante et très accueillante. Nous bavardons un peu avant une douche bien réparatrice.

Visite à pieds de Capestang, la collégiale est fermée, c’est bien dommage. Le château des archevêques de Narbonne également. Comme tous les soirs qui vont suivre, je me pose à la terrasse d’un café face à la collégiale pour un bon demi-panaché rafraîchissant. Long appel à Christian et début d’écriture de mon carnet de voyage que je finirai au restaurant. Au menu, salade complète avec gésiers + poisson/riz et dessert.

Les chiffres de la journée : 69,6 km pour 715 m de dénivelé, en 4h38 de roulage pour un temps total de 5h56.

**************


2 ème étape entre Capestang et Marseillette

La journée se présente longue et quelque peu difficile, non du fait du dénivelé puisqu’il n’y en a pas mais du terrain, très peu roulant sur une gravette glissante qui n’offre aucun rendu. De plus la chaleur enregistrée sur mon Garmin (38°) me terrasse. Aucune ombre possible sur ce bord de canal dépouillé de ses beaux platanes.

Le seul intérêt sont les ouvrages de Paul Riquet et un très beau passage dans les pins parasols recouvrant le canal à 3 km du Somail. Que dire du Somail ? Le hameau a bien changé en 40 ans, il s’est agrandi mais a perdu son âme de village. C’est devenu un lieu très touristique à la mode où l’on entend plus parler les langues étrangères que le français. Je fais une photo de mon ancien lieu de vie et ne m’attarde pas dans ce pressoir à touristes. Je dois rajouter que j’ai tout de suite reconnu la maison devenue une maison d’hôtes. J’y avais logé 4 mois au rez-de-chaussée. Sur l’aspect de la bâtisse rien n’a changé et c’est curieux de la revoir 40 ans plus tard !

La suite du périple : beaucoup de cyclistes en sens inverse m’obligeant à sortir de la trace unique avec le risque de glissade et de perte d’adhérence dans ce gravier accumulé hors trace. Et toujours la chaleur, la poussière fine sur cette piste infiniment droite, le soleil me brûle le visage, bref il est tant que j’arrive à l’étape ! A 13h halte sur un banc/table invitée par un couple de Varois qui possède une résidence secondaire à Jausiers. Et nous voilà partis à évoquer les grands cols des Alpes autour de Barcelonnette. Très agréable moment de partage par la rêverie, loin du canal du Midi.

Mes bidons sont vides. Me trouvant sur une écluse, plusieurs bateaux sont dans le sas de remplissage. La conversation s’établit. Les vacanciers s’intéressent à mon projet, mon vélo, etc. Ils me proposent du Gini et autres tonifiants. Non, non, merci, seulement de l’eau… Gentilles personnes.

Globalement tous les gens rencontrés sont encourageants, compatissants et surtout impressionnés par mon projet et mon vélo musculaire dont j’explique l’histoire. Mais en attendant que le final est dur ! La lassitude s’installe et je languis de joindre l’étape. A Marseillette, le GPS me fait bien passer par une rue pentue devant le « Booking.com », mais il poursuit plus haut dans la rampe m’obligeant à pousser le vélo jusqu’à la mairie. Là, je décide d’appeler mon hôte. Retour en sens inverse, il s’agissait bien de la maison dans la rue très pentue. Seul avantage j’ai pu repérer le resto de ce soir proche de la mairie !

L’accueil est glacial, mon hôte ne m’aide même pas à monter les trois marches de la terrasse, bien que fatiguée et en peine avec mon attelage. Vélo et remorque dormiront dehors cette nuit. J’en suis contrariée car ce n’était pas prévu ainsi… Même si la terrasse est sécurisée, j’installe deux antivols. On m’indique du doigt l’appartement sans aucune explication. Il est très vieillot, même s’il a été rénové, comme dit sur l’annonce. L’équipement est minimaliste. Même l’essentiel est absent et c’est le plus onéreux de mes logements retenus. Je suis déçue ! Je cherche une serpillière pour nettoyer ma remorque devenue blanche de poussière, nada. Je déniche une vieille éponge sous l’évier. L’endroit est immonde. Bon ça fera l’affaire !

Repas à la brasserie du village. Au menu : aubergine braisé sur lit de mâche + poulet basquaise bien garni avec du riz + un fondant au chocolat.

Je reviens sur le descriptif du logement que j’ai noté à chaud dans mon carnet de voyage : odeurs d’égout, absence de moustiquaire dans un pays infesté par cet insecte avec lequel je me suis battue toute la soirée, un ventilateur dans la chambre surchauffée mais pas de rallonge pour pouvoir le brancher, la cuvette des w.-c. met un quart-d’heure à se remplir tellement le mécanisme est entartré, d’ailleurs l’ensemble des robinetteries est dans le même état d’abandon, l’eau est brûlante, elle fume à la sortie des embouts, c’est très dangereux, l’ensemble de la cuisine est de récupération avec des éléments disjoints difficiles à ouvrir et à fermer, pas de radio, pas de TV, pas de sortie de douche que j’ai remplacée par une des deux serviettes à disposition, pas de poubelle dans la salle d’eau, pas de sac poubelle dans celle de la cuisine, et pour couronner le tout, on m’avait assuré qu’il y avait un garage fermé. Quelle déception !

Les chiffres de la journée : 63,4 km pour 187 m de dénivelé, en 4h45 de roulage pour un temps total de 6h58

**************

3 ème étape entre Marseillette et Castelnaudary

Réveillée à 4h du matin par le branle-bas des machines à vendanger, je me lève à 5h, assaillie par deux moustiques qui ont réussi à passer la barrière des volets fermés de la chambre. Décidément ce logement n’a rien de plaisant ! Petite douche rapide pour réveiller le corps. Mes affaires sont méticuleusement rangées dans la remorque sous le faisceau de la frontale et je surveille les lueurs du petit jour… et hop le voilà ! Il se pointe à 7h05. Personne ne sort de la maison de la logeuse malgré la lumière allumée. Ces gens sont vraiment des sauvages.

Je cale le vélo dans la rue pentue, accroche la remorque tant bien que mal et pars en prenant encore soin de fermer le portillon malgré la déclivité de la rue qui entraîne l’ensemble vers le bas. Les lumières des lampadaires de rue me guident jusqu’au canal du Midi rapidement retrouvé.

A cette heure-ci il n’y a personne. J’ai enfilĂ© mon petit gilet sans manche mais le froid gagne mes bras et au terme de 3 km, je suis contrainte Ă  m’arrĂŞter et ouvrir le sac pour me vĂŞtir. TempĂ©rature au compteur Garmin 8°. Effectivement … c’est peu. J’en profite pour faire de belles photos. Les premiers rayons du soleil apparaissent au travers des futaies lointaines et du feuillage tout proche. Sur les eaux du canal c’est grandiose ! Me voilĂ  repartie pour 65 km, le soleil me rĂ©chauffant le dos par intermittence -cette zone est plutĂ´t ombragĂ©e. J’aurais prĂ©fĂ©rĂ© le dĂ©couvert d’hier.

Les kilomètres se succèdent, les écluses aussi sont de plus en plus rapprochées. A celle de Trèbes, un point d’eau est à disposition me permettant de refaire le plein d’un des deux bidons. L’éclusier prend le temps car aucun bateau en vue et nous entamons une discussion. Il m’explique son métier saisonnier de mars à novembre, l’automatisation des équipements qui lui fera perdre son emploi et modifiera dangereusement le flux d’eau et les réserves.

J’apporte ici une explication : une écluse automatique laisse passer chaque bateau à l’unité qui se présente devant le sas, donc ouvre les portes amenant une grande quantité d’eau. A l’inverse un éclusier rassemble plusieurs bateaux dans le sas, jusqu’à 4 ensemble et ouvre les vannes pour un seul remplissage, donc moins de flux d’eau perdue. Très intéressant car le canal du Midi a un niveau d’eau très bas et globalement l’été il en manque. Nous parlons également vélo et de la PassaPaïs qu’il souhaite réaliser. Le temps passe, il me faut repartir après avoir retiré une épaisseur.

L’arrivée à Carcassonne se présente par le port fluvial. Mon GPS m’égare sur un ancien tracé au bord de l’eau. Zut demi-tour, je retrouve plus loin dans les petites rues une trace informative sur panneau. Tout va bien et la sortie de Carcassonne est rapide. Me voilà à nouveau dans la tranquillité du canal. Il y a très peu de vélos à cette heure matinale. J’échange quelques mots avec une Canadienne en vélo coursier bien chargé. Son programme est copieux finissant à Bordeaux. Avec ses petites sections de pneumatique elle est bien secouée sur ces pistes cahotantes.

A midi, halte à 15 km de l’étape du jour. Rien ne presse, j’ai le temps ! L’éclusière est absente et un sanitaire est ouvert. C’est rare. J’en profite pour laver les bidons, les mains et refaire le plein d’eau. J’appelle Christian et vois passer la Canadienne que j’avais semée. La chaleur arrive, il n’y a pas d’ombre dans cette zone. Sur la rive opposée, une équipe de bûcherons abattent des platanes et les brûlent aussitôt pour éviter la propagation du chancre. Pour cela, ils ont ouvert au bull une énorme fosse sur la relevée. Des arbres entiers y sont engloutis. Quelle tristesse de couper des arbres centenaires. En poursuivant mon chemin, j’en aperçois beaucoup de mort, marqués et prêts à être abattus.

J’arrive enfin à Castelnaudary à l’énorme écluse de St Roch à 4 niveaux et sa chapelle éponyme. Cette échelle quadruple construite en 1678 est nécessaire pour franchir le dénivelé de 9,42 m qui permet de rejoindre le cours du canal à la sortie du Grand Bassin. Celui-ci régularise l’apport d’eau stocké en amont. Cette magnifique écluse est inscrite au titre des monuments historiques depuis 1996. L’écluse de St Roch est la seule quadruple du canal du Midi. Elle vient juste après les 8 sas de Fonseranes en taille permettant de franchir 20 m de dénivelé.

A présent, il me faut suivre à l’œil mon GPS pour dénicher le 5, rue B. Palissy, étape de ce soir. Montées, descentes, rampes sévères, un vrai labyrinthe urbain et me voilà devant la villa de Béatrice. Le portail du garage s’ouvre et j’enfourne mon attelage à l’abri.

Béatrice est très agréable, d’un accueil chaleureux comme Marie l’avant-veille. Ça réchauffe le cœur ! Douche et repos. Sa petite chienne Nina, bichon maltais, est adorable.

Après les bons conseils pour le repas de ce soir, ce sera la « Maison du Cassoulet » une institution ! Tout de même, être à Castelnaudary et ne pas déguster un cassoulet serait une ineptie !

Les chiffres de la journée : 65 km pour 229 m de dénivelé, en 4h39 de roulage pour un temps total de 6h46

**************

4 ème étape entre Castelnaudary et Sorèze

Partie tôt ce matin, 7h15, je rejoins le canal en traversant la ville, et comme la veille au soir passe devant la « Maison du Cassoulet ». La ville dort, tout est calme et reposé. Je pensais rejoindre le Grand Bassin et le Petit Bassin mais apparemment mon GPS m’expédie au-delà plus à l’ouest. C’est bien regrettable de manquer la visite de ceux-ci. Il faudra que je revienne… !

Après 20 km de pédalage, j’arrive au Seuil de Naurouze. Un peu d’histoire : appelé aussi Seuil du Lauragais à 194 m d’altitude, ce lieu est connu depuis l’antiquité grecque sous l’appellation « isthme gaulois » et romaine comme « Via Aquitania » reliant Narbonne à Toulouse. Il est la pierre angulaire du projet de construction du canal de Pierre-Paul Riquet. C’est en effet le point le plus élevé du parcours, nécessitant un apport d’eau continu pour alimenter le canal. Pour cela, l’ingénieur a l’idée de récolter les eaux de la Montagne-Noire et de les conduire jusqu’au Seuil. Il fait construire une grande réserve avec le lac de St-Ferréol près de Revel et la rigole de la Plaine qui amène l’eau depuis le lac jusqu’au canal au Seuil de Naurouze. C’est celle-ci que je vais remonter en vélo.

Ici, demeure une belle allée de platanes apparemment sains. Même marqués, j’espère qu’ils ne seront pas abattus. Je cherche les endroits emblématiques du site : l’obélisque, le partage des eaux, l’épanchoir de Naurouze et la jonction entre les eaux de la Montagne-Noire et celles venant de l’Atlantique. C’est un site magnifique et je reste 3/4 d’heure à tourner, à tel point que mon GPS en est devenu fou et totalement égaré. Enfin me voilà sur le tracé de la rigole de la Plaine. C’est un sympathique chemin bordé de chênes à gauche et de pins maritimes à droite. Partiellement terreux, de grosses racines émergent rendant la progression quelque peu ardue.

Difficile de faire mieux que du 9 km/h sur ce type de terrain enherbé par secteur.

De surcroît, depuis mon départ de Castelnaudary un vent violent m’accompagne, sa force a renversé un gros platane du bassin de l’épanchoir. Il doit souffler à 80 km/h par rafales, les arbres geignent, grincent, plient à la limite de la rupture. Par chance il me pousse et m’aide à avancer selon l’orientation que prend mon vélo. Toutefois, je n’en mène pas large, espérant ne pas en prendre un sur la tête. Sortie de la zone critique, petite pose récupération et qui vois-je passer : la voyageuse de Toulouse qui fait la Véloccitanie en sens inverse. Nous avions bavardé le premier jour de mon périple.

Elle roule depuis 6 jours et déjà 420 km au compteur. Une guerrière avec ses 43 kg de charge. Elle poursuivra son projet sur la Vagabonde.

J’arrive bientôt à Revel par une piste beaucoup plus tolérante. Une déviation m’envoie au milieu des champs de maïs, m’exposant encore davantage au zéphyr, mais le pire m’attend ! Voici la surprise du jour : une rampe à 25 % sur 1 kilomètre pour monter au lac de St-Ferréol, premier barrage construit en France. Impossible de rester sur le vélo et à 12 % j’abandonne et mets pied à terre.

Mon cardio bat la chamade, il va sortir de ma poitrine. C’est explosif. Je suis contrainte à m’arrêter tous les 20 m pour reprendre mon souffle. Quelle épreuve ! Enfin au sommet sur un replat, arrêt indispensable. Le lac n’est pas en vue. Une courte descente m’y conduit et le voilà enfin. Son niveau d’eau est incroyablement bas, des berges de vase se dévoilent sur une hauteur de 10 m. Toute l’inquiétude de l’éclusier m’est exposée là. Je fais quelques photos près d’une table dominant le barrage. C’est un endroit hautement touristique : des restos, des magasins tous fermés à cette époque de l’année. La saison est finie et le lieu est mortifère par son calme. Globalement je suis déçue, tous ces efforts pour ça !

Je longe le lac par sa rive gauche avant de plonger sur Sorèze. Curieusement, il n’y a aucune marque au sol du passage des coureurs du Tour de France en juillet. Je suppose qu’elles ont été méticuleusement effacées. J’attaque la descente à 10 % sur 3 km avec de larges courbes. J’y aurais pris beaucoup de plaisir si mon freinage n’était pas aussi inopérant. J’écrase les manettes car le poids de la remorque m’embarque et les virages avec le vent violent sont délicats à négocier. Ouf ! En bas sans incident ! Une voie verte indique Sorèze mais mon GPS me donne un autre itinéraire que je suis. Je rentre en ville et demande la rue de mon logement au responsable du magasin de cycle. Dans sa vitrine, il y a un magnifique vélo artisanal en bois. J’y suis enfin, code et hop les clefs du paradis sont libérées. Je rentre mon attelage pour lequel il me faut faire de la place dans ce studio réduit.

Pas le choix, ce soir il nous faudra cohabiter. Ras le bol de cette poussière blanche sur ma remorque qui s’introduit à l’intérieur à chaque ouverture du zip. J’entreprends de la toiletter et déniche pour cela une petite serpillière. Enfin, elle va retrouver sa couleur noire. Douche, repos et visite de Sorèze à la recherche d’un resto pour la soirée. Ce sera Thaïlandais !

Les chiffres de la journée : 59 km pour 407 m de dénivelé, en 4h41 de roulage pour un temps total de 6h42.

**************

Histoire de Sorèze

Sorèze doit son origine et son développement à l’abbaye bénédictine Notre-Dame de la Sagne, fondée en 754, par Pépin d’Aquitaine, au pied de la place forte de Verdinius devenue Puyvert, et connue aujourd’hui comme l’oppidum de Berniquaut.

Détruite au IXe siècle par les Normands, cette abbaye est reconstruite au Xe siècle et, auprès d’elle, vient se construire la ville basse de Sorèze, dénommée plus tard la « Ville Vieille ».

Quelques dates importantes

En 1210, lors de la croisade contre les Albigeois, la place forte de Puyvert est démantelée et ses habitants s’établissent alors dans la plaine, près de l’Abbaye, à Sorèze.

En 1377, des bandes de mercenaires, les « Grandes Compagnies », saccagent et détruisent le village de Sorèze, seul le monastère sera épargné.

En 1573, au cours des guerres de Religion, les Protestants détruisent le monastère et l’église paroissiale Saint-Martin, n’en gardant que le clocher. Les matériaux de démolition servent à édifier les fortifications de la ville et à construire les ravelins

En 1629 lorsque Louis XIII fait démanteler les villes protestantes, Sorèze ne conserve qu’une faible partie de ses remparts et deux de ses portes, dont la porte de Castres.

En 1636 Louis XIII offre l’Abbaye à Dom Barthélémy Robin qui restaure les bâtiments et affilie le monastère à la congrégation de Saint-Maur.

En 1682, les moines bénédictins mauristes y ouvrent une école appelée Séminaire.

De 1776 à 1792, l’École, agrandie, abrite l’une des douze « Écoles royales militaires » créées par Louis XVI, et l’enseignement dispensé attire de nombreux pensionnaires.

De 1854 à 1861, le Père Lacordaire, restaurateur de l’ordre dominicain permet à l’école de retrouver un nouveau souffle et sa renommée déborde largement la région et les frontières du pays. Lieu d’intelligence et de pédagogie remarquable, elle fut un véritable laboratoire intellectuel dès le XVIIIe siècle, on y enseigne alors, l’universalisme des Lumières avec des méthodes renouvelées. Des élèves venus du monde entier fréquentent l’établissement, l’émulation intellectuelle y est toujours mise en avant notamment par des joutes oratoires célèbres.

Au XIXe siècle, la Révolution industrielle porte un coup fatal aux industries artisanales de la laine, des chapeaux et de la teinturerie prospères autrefois rue des Teinturiers et rue des Parayres. L’abbaye, puis l’École, ont constitué, à cette époque, un foyer de culture ininterrompu où les courants de pensée ont rayonné, et notamment, celui des saint-simoniens (2). Des Sorèziens influents comme Jacques Resseguier, Elisa Grimailh connue sous le nom d’Élisa Lemonnier, la fondatrice de l’enseignement professionnel des femmes et Charles Lemonnier y ont largement contribué.

L’ensemble des bâtiments de l’Abbaye-École est étroitement lié et imbriqué à la structure médiévale du bourg : ses bâtiments, son parc de 6 hectares ainsi qu’une partie du village de Sorèze sont classés  » Monument Historique  » depuis 1988 par le Ministère de la Culture.

Aujourd’hui, riche de son passé, Sorèze reste un haut-lieu historique et culturel. Le village de 3000 habitants, où subsistent encore de nombreux métiers d’artisanat d’art, son environnement naturel et l’Abbaye-École forment un ensemble qui retrace 12 siècles d’une histoire riche et mouvementée.

5 ème étape de Sorèze à Labastide-Rouairoux

Départ à l’aube pour une journée longue et pénible, la plus difficile de ce voyage.Il fait encore nuit et j’aperçois à peine où je pose mes roues. Ce matin il fait exceptionnellement doux m’imposant à ôter une épaisseur de vêtement. Dès la sortie de Sorèze, les premières rampes se présentent sur cette petite route bien balisée par les panneaux V84. 10 % de déclivité, j’encaisse bien, il est tôt et je suis encore fraîche ! Elles se succèdent rapidement, dos d’âne, descentes, montées, c’est incessant. La prochaine 12 % passe encore… 15 % là, c’est trop, pieds au sol et je pousse. A ma gauche ce qu’il reste d’un « joli lac » annoncé ainsi,  complètement asséché, juste une misérable flaque en son centre et un informe petit ru qui l’alimente. Encore une rampe pour rejoindre un village endormi à cette heure, pas de vélo, ni de voiture, ni de bipède. Le soleil fait son apparition augmentant la température. Pour l’instant ces petites routes de campagne sont raides mais agréables à suivre.

A Saïx, le tracé devient « paumatoire » entre les panneaux indicateurs et mon GPS qui m’envoie ailleurs. Erreur, erreur… J’aurais dû suivre les panneaux. Je tourne en rond dans les lotissements avant de retrouver au centre-ville les infos de la V84.

La suite est moins agréable sur une grosse départementale roulante où je suis frôlée plusieurs fois. Elle me conduit directement à Castres. A une intersection sur ma droite, je croise une voie verte indiquant « Mazamet » et sur l’autre panneau « Castres-Mazamet ». J’hésite, serais-je déjà si près de Castres sans voir la ville ? La Toulousaine m’avait recommandé d’éviter Castres sans intérêt, mais mon GPS m’engage à poursuivre. Allez, je décide de suivre le GPS et de réaliser le parcours dans son intégralité. On verra bien…

A l’entrée de Castres à 9 h je roule sur un bout de nationale avec ronds-points sur ronds-points. Un vrai coupe-gorge. La vigilance est accrue car les automobilistes sont fous à cette heure d’entrée au bureau. Je récupère sous un pont une voie cyclable traversant les barres d’immeubles. Là, au moins, je suis en sécurité. Effectivement aucun intérêt. Longue pose sur un banc de parc pour appeler Christian à 9h28.

La suite du parcours se déroule sur une voie bétonnée cyclable navigant entre les zones artisanales. Le vent me fouette le visage. Il va crescendo depuis le lever du jour. Me retrouvant sur un plateau, il confirme bien la présence de la perturbation annoncée venant de l’Atlantique pour ce week-end. Ce fichu vent augmente la difficulté dans ma progression et mon équilibre. A la sortie des infrastructures, je longe un château avec un très beau pigeonnier d’ailleurs occupé.

Ce ruban de bĂ©ton m’amène sur le Causse de Caucalière-Labruguière oĂą un Ă©levage intensif ovin s’étend Ă  perte de vue. Sur ce plateau dĂ©couvert se trouve Ă©galement l’aĂ©roport de Castres/Mazamet dont je cĂ´toie les grillages. Un manchon Ă  air Ă  l’horizontale me confirme la violence du vent qui, Ă  plusieurs reprises, m’oblige Ă  mettre pied Ă  terre pour me rééquilibrer. Suit une forte descente Ă  12 % dans un talweg me mettant provisoirement Ă  l’abri des rafales. Je longe Ă  prĂ©sent une zone militaire fermĂ©e des deux cĂ´tĂ©s par de hauts grillages comme depuis la sortie de Castres. Le ruban de bĂ©ton continue et je croise en sens inverse – Ă  toute vitesse – trois coursiers se tirant la bourre. Heureusement que je tenais bien ma droite. Pour l’instant le vent les pousse mais la rampe Ă  venir va freiner leur ardeur.

Par des petites routes partagées, je rentre dans Mazamet. Là aussi la traversée est délicate : ronds-points dangereux, rues et zones HLM avant de rejoindre la gare. Ce n’est pas plaisant. Ouf enfin la voilà : La PassaPaïs. Arrêt photo et grignotage sur un banc. Un groupe d’une vingtaine de voyageurs à vélo passe devant moi me saluant.

La majorité sont en vélo électrique. A présent, je n’ai plus qu’à me laisser guider par la voie verte PassaPaïs sur 80 km.

A l’approche de Labastide-Rouairoux, je prends le temps d’un bavardage avec une dame âgée. Elle me félicite de mes efforts et ça fait du bien au moral. « Votre étape de ce soir est à 5 km » me dit-elle. Cette partie de la PassaPaïs n’est pas bien folichonne, mis à part un tunnel éclairé et quelques petits ponts insignifiants, ce n’est pas la plus jolie. A Labastide-Rouairoux, il me reste un dernier effort, une bonne montée pour rejoindre le gîte chez « Franc et Natacha » où je suis bien accueillie. Seule cliente, on m’installe dans une grande chambre toute rose.

Cette bourgade de 1700 habitants me paraît bien sinistrée, toutefois il reste trois restaurants sur l’avenue et un bar sur la place principale. J’opte pour la pizzeria.

Juste un mot sur la météo, la perturbation gagne du terrain et après l’arrêt du vent l’humidité fait son apparition. Je crains le pire pour demain.

Les chiffres de la journée :77 km pour 844 m de dénivelé, 5h46 de roulage pour un temps total de 6h58.

**************

6 ème et dernière étape de Labastide-Rouairoux et Bédarieux

Soirée agitée après l’arrivée tardive de deux cyclistes allemands pas très discrets en quête, in extremis, d’un abri sec pour la nuit. Ils me réveillent dans mon premier sommeil à 22h15. Heureusement je plonge dans les bras de Morphée rapidement. J’apprendrai le lendemain qu’ils devaient arriver à 23h30 et sur le refus de Natacha, ils ont roulé à fond pour rejoindre le gîte à une heure raisonnable. La pluie tombe depuis 5h du matin. Après la photo de 7h45, je prends la route profitant d’une petite accalmie. La tenue de pluie est de rigueur. Il semblerait que mon séjour veuille se terminer dans l’apothéose du mauvais temps. On verra bien…

Durant 34 km, seules quelques gouttes m’importunent mais rien de méchant. Ouf c’est déjà ça de gagné sur les 51 km. C’est regrettable car cette partie de la PassaPaïs est la plus esthétique. J’en profite tout de même pour réaliser quelques clichés dans une ambiance humide. Au début, sur la voie verte, j’évite consciencieusement les premières flaques d’eau formées dans la nuit mais plus j’avance plus elles s’étendent sur toute la largeur de la voie. Finalement, j’abandonne mes velléités de précautions pour les traverser en plein milieu, prenant même un certain plaisir à m’éclabousser, mouillée de chez mouillée !

Le passage Ă  15 % me fait quelque peu pâtir Ă  pousser mon lourd Ă©quipement trempĂ© de surcroĂ®t. La bruyère expose ses couleurs d’un rose tendre, les paysages variĂ©s et pittoresques – mĂŞme en l’absence de soleil – sont magnifiques avec ce ciel gris anthracite chargĂ© de pluie. Le passage est esthĂ©tique avec ses vues dominantes sur la vallĂ©e et ses parois de granit. Sans aucun doute, c’est le plus bel endroit de la PassaPaĂŻs.

Vient ensuite une descente à 10 % vers Olargues, joli village classé « plus beau village de France » avec son pont métallique repeint en rouge vif vietnamien (sa première livrée était grise). C’est le plus long de la PassaPaïs avec ses 131 m, d’une largeur de 4,53 m, il enjambe la rivière Jaur à une hauteur de 20,2 m. Construit entre 1886 et 1889 par la compagnie Fives-Lille. Contrairement à ce qu’on peut lire sur l’écriteau en place, ce n’est pas un pont Eiffel.

J’arrive à Mons-la-Trivalle avec une pluie soutenue. Elle va m’accompagner jusqu’à Bédarieux s’intensifiant plus j’avance vers l’Est et jusqu’à ma voiture.

A Hérépian, l’orage éclate : ciel zébré d’éclairs blancs sur fond anthracite, grondements de tonnerre, les éléments se déchaînent, et c’est à présent des trombes d’eau qui s’abattent sur moi.

A l’entrée de Bédarieux, un habitant sur le pas de sa porte me crie « bon courage »

Après un bref moment d’inquiétude, j’aperçois enfin ma voiture de l’autre côté des voies. Ouf la fourrière l’a ignoré. Je traverse le parking inondé de la gare. C’est dimanche, il n’y a pas âme qui vive. Je ris à la vision d’une belle auto baignant jusqu’au ras des portières. Mais lorsque je rejoins la mienne, je déchante, ce n’est pas mieux, elle aussi baigne dans une flaque de 20 cm de profondeur. Bon mouillée jusqu’aux os et salie par les projections de terre de la voie verte, j’en profite pour laver vélo et remorque avant de les introduire dans la voiture, toujours sous l’orage.

A présent à mon tour, comment vais-je procéder ? J’attrape le sac de tenues sèches et propres et avise un abri vélo de l’autre côté de la rue au moins le temps de quitter les vêtements sales. En « tenue légère », je rejoins le haillon ouvert de l’Espace pour un changement complet. Dénudée, les pieds dans 20 cm d’eau, la situation est cocasse mais comment faire autrement sans détremper et salir l’intérieur de l’habitacle. Un bus passe à toute vitesse, je n’ai que le temps de fermer ma porte avant que des gerbes d’eau ne l’arrosent copieusement.

Enfin me voilà au sec et changée intégralement. J’appelle Christian avant de prendre la route, il est 12h30. Mon périple s’est terminé en apothéose. Quels beaux souvenirs !

Les chiffres de la journée : 51,3 km pour 170 m de dénivelé, en 3h de roulage pour un temps total de 3h41.

Epilogue

La Véloccitanie fut un très beau périple de plus de 384 km, réalisé en 6 jours dans des conditions météo difficiles (chaleur suffocante, vent violent et pluies orageuses) totalisant 10101 calories brûlées sur un dénivelé de 2552 m positif avec un poids conséquent vélo/remorque de 28 kg.

Avec le recul, je peux affirmer que j’ai rencontré un parcours ardu tant par la qualité que par la difficulté du terrain : pistes défoncées, pavées ou caillouteuses sur le bord du canal du Midi, racines apparentes tout au long de la rigole de la Plaine, pourcentages de pente affolants entre Revel et Mazamet et pour terminer une PassaPaïs inondée m’obligeant à redoubler d’efforts dans le sable mou enlisant mes trois roues.

A l’exception de la partie du canal du Midi, c’est un itinéraire peu fréquenté même au mois de septembre. J’aurais espéré faire davantage de rencontre comme je l’ai vécu sur mes autres voyages à vélo. Par moment, j’avais l’impression d’être seule sur ce parcours.

Concernant les paysages, c’est un itinéraire très varié tant au plan géologique que botanique traversant :

    • les vignobles rĂ©putĂ©s du Languedoc avec leurs belles propriĂ©tĂ©s ;

    • puis le Lauragais avec son canal, ses rivières et ses Ă©tangs ;

    • ensuite la Montagne-Noire avec ses forĂŞts, lacs et ruisseaux ;

    • et enfin le Caroux avec ses parois de granit, sa belle voie verte et ses gorges.

Le fil conducteur reste l’eau, qui fut omniprésente avec :

    • l’Orb au dĂ©part de BĂ©darieux ;

    • le canal du Midi, l’épanchoir de Naurouze, l’Aude ;

    • la rigole de la plaine, le lac de St-FerrĂ©ol ;

    • le Jaur, la Salesse et le Thoré ;

    • et pour finir la pluie du ciel !

      La voie verte traverse la ligne de partage des eaux reliant le versant océanique au versant méditerranéen d’où son nom occitan PassaPaïs (prononcer « Passopaïs ») ce qui signifie en occitan « Passe-Pays ».

      Et que dire des infrastructures : ponts et châteaux, monuments anciens, des belles villes de Carcassonne, Castelnaudary, Sorèze, du village pittoresque d’Olargues, et surtout les nombreux ouvrages d’art du génie de Pierre-Paul Riquet.

      Oui décidément cet itinéraire a de quoi séduire et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Il m’a permis de réaliser la presque intégralité du canal du Midi mis à mon programme depuis bien des années et pour lequel j’avais fait l’acquisition d’une remorque à deux roues, jamais utilisée.

      Vivement la prochaine escapade….

      FIN

Share This